Quelle formation choisir pour accompagner l’alimentation émotionnelle ?
Se former à l’alimentation émotionnelle peut sembler assez simple au premier regard, tant l’offre de formations, de certifications, d’ateliers et de programmes en ligne s’est développée ces dernières années, mais lorsqu’on commence à chercher sérieusement, une difficulté apparaît très vite : toutes les formations ne parlent pas de la même chose, n’ont pas le même niveau d’exigence et ne préparent pas au même type d’accompagnement. Certaines proposent surtout des outils de gestion des émotions, d’autres restent centrées sur la nutrition, certaines utilisent le vocabulaire de l’alimentation intuitive, d’autres celui des TCC, de la psychonutrition ou du coaching, et il n’est pas toujours évident de savoir ce qui permettra réellement d’accompagner une personne qui souffre de compulsions, de restriction cognitive, de culpabilité alimentaire, d’insatisfaction corporelle ou d’un rapport très conflictuel à la nourriture.
Pour choisir une formation en alimentation émotionnelle, il me semble donc essentiel de commencer par une question très simple : à quoi est-ce que je veux être formé·e exactement ? Si l’objectif est uniquement de mieux comprendre ses propres comportements alimentaires, les besoins ne seront pas les mêmes que si l’on souhaite intégrer cette thématique à une pratique professionnelle, et ils seront encore différents si l’on veut en faire un axe central de son activité. De la même manière, une formation destinée à des professionnel·les de l’accompagnement doit aller bien au-delà d’une collection d’exercices ou de conseils pratiques : elle doit permettre de comprendre les mécanismes qui entretiennent la souffrance alimentaire, d’identifier les situations dans lesquelles l’accompagnement devient plus complexe, de savoir où s’arrête son champ de compétences et de construire une posture suffisamment solide pour ne pas renforcer involontairement les difficultés de la personne.
Une bonne formation ne devrait pas réduire l’alimentation émotionnelle à la gestion des émotions
L’une des premières choses à regarder dans un programme est la manière dont l’alimentation émotionnelle y est définie, car le terme peut donner l’impression que la difficulté viendrait essentiellement d’une incapacité à gérer correctement ses émotions et qu’il suffirait donc d’apprendre à se détendre, à respirer ou à remplacer la nourriture par une autre stratégie.
C’est évidemment trop réducteur.
L’alimentation émotionnelle peut s’inscrire dans un système beaucoup plus large, dans lequel on retrouve parfois de la restriction cognitive, des croyances alimentaires très rigides, une peur de prendre du poids, des pensées automatiques dévalorisantes, une faible estime de soi, du perfectionnisme, des idéaux exigeants, une insatisfaction corporelle importante, des expériences répétées de régimes, de l’anxiété, des difficultés de régulation émotionnelle, une histoire familiale particulière ou encore des facteurs physiologiques comme la faim, le sommeil et la fatigue.
Autrement dit, une personne peut effectivement manger parce qu’elle est stressée, mais elle peut aussi être stressée et avoir très peu mangé depuis le matin et s’interdire certains aliments et penser que le moindre écart va la faire grossir et culpabiliser très fortement après avoir mangé.
Si la formation ne permet pas de lire cette complexité, elle risque de produire des accompagnements trop simplistes.
Vérifier que la formation aborde la restriction cognitive
À mon sens, c’est un critère incontournable.
La restriction cognitive est l’un des mécanismes les plus importants à connaître lorsqu’on travaille sur les comportements alimentaires, car elle permet de comprendre pourquoi certaines personnes passent en permanence du contrôle à la perte de contrôle sans réussir à sortir de cette alternance.
Une formation solide devrait expliquer comment l’alimentation peut devenir progressivement organisée autour de règles mentales, d’aliments autorisés ou interdits, de compensations, de quantités à ne pas dépasser ou de décisions prises en fonction du poids plutôt que des sensations corporelles, mais également comment ces règles participent ensuite à l’augmentation de la préoccupation alimentaire, de la frustration et parfois des compulsions.
C’est particulièrement important pour les professionnel·les de la nutrition, de la naturopathie ou du bien-être, parce que certaines recommandations tout à fait pertinentes d’un point de vue physiologique peuvent devenir psychologiquement contre-productives chez une personne déjà très contrôlante.
Si une formation sur l’alimentation émotionnelle vous apprend uniquement à dire quoi manger, sans vous apprendre à repérer quand le conseil alimentaire lui-même risque de renforcer le problème, il manque une partie essentielle de l’accompagnement.
La formation doit vous apprendre à comprendre les compulsions, pas seulement à les faire disparaître
Une compulsion alimentaire est généralement vécue comme le problème principal : la personne veut qu’elle cesse et le ou la professionnel·le peut être tenté·e de chercher rapidement un outil qui permettra de la diminuer.
Pourtant, la question clinique la plus intéressante est souvent différente : quelle fonction cette compulsion remplit-elle ?
Est-ce qu’elle apaise une émotion ? Est-ce qu’elle survient après plusieurs heures de restriction ? Est-ce qu’elle permet de créer un moment de plaisir dans une vie qui en contient très peu ? Est-ce qu’elle apparaît après une pensée automatique du type « foutu pour foutu » ? Est-ce qu’elle répond à une faim importante ? Est-ce qu’elle survient principalement dans des situations de solitude, de honte ou de surcharge ?
Une formation de qualité devrait vous apprendre à analyser les facteurs déclencheurs et les facteurs de maintien, parce qu’un comportement que l’on ne comprend pas est beaucoup plus difficile à accompagner correctement.
Cela suppose d’aller au-delà du « quoi faire quand l’envie arrive » pour apprendre à reconstruire l’ensemble de la séquence : ce qui s’est passé avant, ce que la personne a ressenti, ce qu’elle a pensé, ce qu’elle a fait, ce que le comportement lui a apporté à court terme et ce qu’il a produit ensuite.
Les TCC sont particulièrement pertinentes pour accompagner l’alimentation émotionnelle
Il n’existe évidemment pas une seule approche valable, mais je trouve important qu’une formation destinée à accompagner les comportements alimentaires intègre au minimum une compréhension des thérapies cognitives et comportementales, parce qu’elles permettent précisément de travailler les interactions entre pensées, émotions et comportements.
Les pensées automatiques ont une place considérable dans les difficultés alimentaires.
« Je n’aurais pas dû manger ça. »
« Maintenant que j’ai commencé, autant finir. »
« Je n’ai aucune volonté. »
« Si je prends du poids, ce sera catastrophique. »
« Je dois faire attention. »
« Je serai bien quand j’aurai maigri. »
Ces phrases peuvent paraître banales, mais elles participent parfois directement au maintien des compulsions, de la culpabilité et de la restriction. Une formation intéressante devrait donc vous apprendre à les repérer, à comprendre les croyances plus profondes auxquelles elles se rattachent et à utiliser des outils de restructuration cognitive sans tomber dans une logique de pensée positive artificielle.
Elle devrait également aborder les comportements d’évitement, les stratégies de contrôle, l’exposition progressive et les mécanismes qui entretiennent l’anxiété ou l’insatisfaction corporelle.
L’image corporelle doit faire partie du programme
Il est difficile d’accompagner une relation compliquée avec l’alimentation sans regarder la relation au corps, parce que la peur de grossir et l’insatisfaction corporelle sont souvent au cœur du besoin de contrôler.
Une personne peut vouloir réduire ses compulsions non pas uniquement parce qu’elles lui font perdre le contrôle, mais parce qu’elle redoute ce qu’elles pourraient provoquer sur son poids. Cette peur augmente le besoin de restriction, la restriction renforce la vulnérabilité aux pertes de contrôle et les pertes de contrôle augmentent à nouveau la peur du poids.
Une formation complète devrait donc aborder l’image corporelle, le body checking, la comparaison corporelle, les évitements, la grossophobie intériorisée, l’estime de soi contingente à l’apparence et la culture des régimes, parce que sans cette compréhension, on risque de traiter la prise alimentaire tout en laissant intact le moteur qui alimente le besoin de contrôler.
Et là encore, cela concerne aussi la posture du ou de la professionnel·le, puisque nous avons tous et toutes nos propres croyances sur le poids, la santé et ce qu’un corps devrait être.
Une formation doit vous apprendre à distinguer alimentation émotionnelle et TCA
C’est probablement l’un des critères les plus importants lorsqu’on cherche à se former sérieusement.
Toutes les personnes qui mangent leurs émotions ne souffrent pas d’un trouble des conduites alimentaires, mais certaines personnes qui consultent pour des « grignotages », des « envies de sucre » ou une difficulté à perdre du poids présentent en réalité des comportements qui nécessitent une vigilance particulière.
Une bonne formation devrait donc vous permettre de repérer les signaux d’alerte, notamment la restriction importante et persistante, les épisodes récurrents de perte de contrôle, les comportements compensatoires, les vomissements provoqués, l’exercice physique compulsif, la peur intense de grossir, les évitements sociaux liés à l’alimentation ou au corps, la préoccupation alimentaire envahissante ou les répercussions somatiques.
Il ne s’agit pas nécessairement d’apprendre à poser un diagnostic si cela ne relève pas de votre métier, mais de savoir quand la situation dépasse votre champ de compétences et nécessite une orientation ou un travail pluridisciplinaire.
Une formation qui ne parle jamais des TCA alors qu’elle prétend former à l’alimentation émotionnelle me semblerait donc très insuffisante.
Le programme doit aussi intégrer la psychonutrition sans en faire une explication universelle
La dimension physiologique est importante, notamment parce que certaines prises alimentaires peuvent être amplifiées par une alimentation insuffisante, des repas très espacés, une mauvaise qualité de sommeil, une fatigue importante ou une régularité alimentaire très faible.
C’est ici que la psychonutrition peut enrichir considérablement l’accompagnement, en permettant de comprendre comment la physiologie et le psychologique se répondent.
Mais je serais particulièrement vigilante face aux formations qui expliquent les compulsions uniquement par le microbiote, le glucose, les neurotransmetteurs ou des carences, car ce type de discours peut sembler scientifique tout en simplifiant à l’extrême des phénomènes multifactoriels.
La bonne posture consiste à pouvoir explorer la physiologie sans réduire la souffrance psychologique à la physiologie, et inversement.
Une formation sérieuse doit travailler la posture professionnelle
On peut avoir énormément d’outils et pourtant accompagner de manière maladroite.
La posture professionnelle ne consiste pas uniquement à être bienveillant·e. Elle implique de savoir écouter sans projeter sa propre histoire, de ne pas chercher à sauver, de ne pas imposer sa vision de l’alimentation idéale, de pouvoir tolérer que la personne n’avance pas au rythme que nous avions imaginé et de savoir analyser ce qui se joue dans la relation d’accompagnement.
C’est particulièrement important dans le domaine de l’alimentation, parce que beaucoup de professionnel·les ont eux-mêmes une histoire avec le poids, les régimes ou les troubles alimentaires.
Avoir soi-même été concerné·e peut être une richesse, mais cela peut également devenir un biais important si l’on pense que ce qui nous a aidé aidera nécessairement l’autre.
Une formation de qualité devrait donc vous amener à vous demander régulièrement : d’où est-ce que j’accompagne ?
Quelles sont mes croyances sur le poids ?
Qu’est-ce que je considère comme une alimentation saine ?
Comment est-ce que je réagis lorsque quelqu’un mange très différemment de moi ?
Ai-je tendance à associer minceur et santé ?
Qu’est-ce qui s’active chez moi lorsque la personne ne suit pas mes recommandations ?
Ce travail est beaucoup moins spectaculaire qu’un nouvel outil, mais il est probablement beaucoup plus déterminant pour la qualité réelle d’un accompagnement.
Privilégier une formation qui apprend à conceptualiser plutôt qu’une formation qui fournit uniquement des outils
Une bibliothèque de fiches pratiques peut être extrêmement utile, mais une formation ne devrait pas vous rendre dépendant·e d’un classeur d’exercices.
Lorsque vous serez face à une personne réelle, elle ne rentrera probablement jamais parfaitement dans le scénario prévu par l’outil.
Vous aurez besoin de comprendre ce qui se passe pour elle, de déterminer ce qui semble prioritaire, d’émettre des hypothèses, de les tester et d’adapter votre accompagnement en fonction de ce que vous observez.
C’est pourquoi je trouve essentiel qu’une formation vous apprenne à construire une analyse fonctionnelle et une compréhension globale de la situation, plutôt qu’à associer mécaniquement une difficulté à un exercice.
Une personne qui mange le soir peut avoir besoin de travailler sur la régularité alimentaire, une autre sur la solitude, une troisième sur une pensée automatique, une quatrième sur l’insatisfaction corporelle et une cinquième sur plusieurs de ces dimensions en même temps.
Le métier consiste précisément à savoir faire cette différence.
La pratique doit avoir une vraie place dans la formation
On n’apprend pas à accompagner uniquement en regardant des vidéos.
Une formation professionnelle devrait idéalement contenir des temps d’application, des études de cas, des démonstrations, des échanges entre participant·es, des mises en situation et des occasions de réfléchir à sa propre posture, parce qu’il existe une différence considérable entre comprendre un concept et réussir à l’utiliser lorsqu’une personne se trouve devant nous.
C’est également pour cette raison que je trouve important que les formations permettent des interactions avec le ou la formateur·rice et, lorsque c’est possible, avec un groupe.
Les questions qui émergent dans la pratique sont rarement celles que nous avions anticipées en regardant un module théorique.
La richesse vient aussi du fait d’entendre comment d’autres professionnel·les conceptualisent une situation, de confronter ses hypothèses et de découvrir progressivement qu’il n’existe pas toujours une réponse unique.
Regarder qui a conçu la formation et quelle est son expérience réelle de l’accompagnement
La qualité d’une formation ne repose pas uniquement sur les titres du formateur ou de la formatrice, mais il me paraît tout de même indispensable de regarder d’où viennent les contenus proposés.
La personne accompagne-t-elle réellement des problématiques d’alimentation émotionnelle ?
Depuis combien de temps ?
Sur quelles approches s’appuie-t-elle ?
Ses contenus sont-ils actualisés ?
Sait-elle préciser les limites de ce qu’elle enseigne ?
Travaille-t-elle en réseau avec d’autres professionnel·les ?
La formation repose-t-elle sur une méthode personnelle présentée comme universelle ou intègre-t-elle différentes approches permettant de s’adapter aux situations ?
Il est également intéressant de regarder si la personne sait dire « je ne sais pas », « cela dépasse mon champ », « les données ne permettent pas de l’affirmer » ou « dans cette situation, il faut orienter », parce que la nuance est souvent un meilleur indicateur de sérieux que les promesses spectaculaires.
Formation certifiée, Qualiopi, diplôme : qu’est-ce que cela garantit réellement ?
Il existe également une grande confusion autour des termes utilisés dans le secteur de la formation professionnelle.
La certification Qualiopi concerne la qualité du processus de l’organisme de formation et permet notamment, sous certaines conditions, l’accès à certains financements ; elle ne transforme pas pour autant une formation en diplôme d’État et ne donne pas automatiquement un nouveau titre professionnel réglementé.
Il est donc important de regarder précisément ce que la formation vous permet réellement de faire à son issue, et de se méfier des formulations ambiguës autour de la « certification » lorsque l’on ne sait pas très bien ce qui est certifié.
Le sérieux d’une formation se juge davantage sur l’ensemble : qualité pédagogique, programme, cadre, évaluations, compétences transmises, actualisation des contenus, limites professionnelles clairement expliquées et cohérence entre les promesses commerciales et ce que le parcours permet réellement d’acquérir.
Une formation doit-elle vous apprendre à créer votre activité ?
Cela dépend évidemment de votre situation.
Si vous êtes déjà psychologue, diététicien·ne, naturopathe, coach ou thérapeute avec une activité installée, vous aurez peut-être principalement besoin d’intégrer l’alimentation émotionnelle à votre pratique existante.
Si vous êtes en reconversion, la question est différente.
Comprendre l’alimentation émotionnelle ne suffit pas automatiquement à savoir construire une offre, poser un cadre, définir sa clientèle, organiser ses suivis, communiquer avec justesse ou construire un modèle économique viable.
Il peut donc être intéressant qu’une formation destinée aux personnes en reconversion ne sépare pas complètement l’acquisition des compétences d’accompagnement de la réflexion autour de la pratique professionnelle.
C’est notamment la raison pour laquelle j’ai choisi d’intégrer cette dimension dans ma propre formation professionnelle en alimentation émotionnelle : mon objectif n’est pas seulement que les participant·es accumulent des connaissances sur les émotions et la nourriture, mais qu’ils et elles puissent comprendre l’écosystème de la souffrance alimentaire, utiliser des outils concrets, construire une posture professionnelle et, lorsqu’ils ou elles le souhaitent, structurer une activité cohérente autour de ces compétences.
Quels critères regarder concrètement avant de choisir sa formation en alimentation émotionnelle ?
Si je devais résumer les critères les plus importants, je regarderais moins la quantité de modules annoncée ou le nombre spectaculaire d’outils promis que la cohérence globale du parcours : est-ce que la formation aborde les émotions mais aussi la restriction cognitive, les pensées, les croyances, l’image corporelle et les TCA ; est-ce qu’elle articule physiologie et psychologie ; est-ce qu’elle apprend à conceptualiser une situation plutôt qu’à appliquer des recettes ; est-ce que la posture professionnelle et les limites du champ de compétences sont travaillées ; existe-t-il de la pratique, des retours, des études de cas et des interactions ; et surtout, est-ce que ce que l’on vous transmet vous permettra de comprendre pourquoi vous utilisez un outil plutôt que de simplement savoir comment l’utiliser ?
Je regarderais également ce qui se passe après la formation.
Existe-t-il une possibilité de supervision ?
Un réseau d’ancien·nes participant·es ?
Des ressources actualisées ?
Un espace permettant de continuer à poser des questions lorsque les premières situations complexes apparaissent dans la pratique ?
Parce qu’une formation peut donner un socle solide, mais l’accompagnement s’apprend aussi au contact des personnes que nous recevons, en continuant à nous former, à nous questionner et à analyser notre pratique.
Méfiez-vous des promesses trop simples
Je serais particulièrement prudente face à une formation qui promet de vous donner « la méthode » pour arrêter définitivement les compulsions ou résoudre l’alimentation émotionnelle en quelques séances.
Ce domaine est trop complexe pour ce type de promesse.
Une même manifestation peut avoir des fonctions très différentes d’une personne à l’autre, et certaines situations sont suffisamment complexes pour nécessiter plusieurs mois d’accompagnement ou un travail pluridisciplinaire.
De la même manière, aucune technique n’est pertinente pour tout le monde.
L’EFT peut être extrêmement intéressante dans certaines situations, les outils TCC dans d’autres, la psychoéducation, le travail sur les émotions, la restructuration cognitive, l’exposition, la psychonutrition ou la pleine présence peuvent avoir leur place, mais un outil devient pertinent parce qu’il répond à une compréhension de la situation, et non parce qu’il appartient à une méthode particulière.
C’est ce raisonnement que la formation devrait vous apprendre.
Choisir une formation en alimentation émotionnelle, c’est finalement choisir une manière de regarder la personne
Au fond, la vraie différence entre deux formations ne se situe peut-être pas uniquement dans le programme ou le nombre d’heures, mais dans la représentation de la personne qui traverse l’ensemble du parcours.
Est-ce qu’on vous apprend à considérer la compulsion comme un comportement à supprimer ou comme quelque chose qu’il faut d’abord comprendre ?
Est-ce qu’on vous apprend à faire mieux manger ou à regarder la relation à l’alimentation dans son ensemble ?
Est-ce que le poids est présenté comme un problème à résoudre ou comme une donnée parmi beaucoup d’autres ?
Est-ce que la personne est considérée comme insuffisamment motivée lorsqu’elle n’applique pas nos conseils ou est-ce que cette difficulté devient une information qui nous aide à ajuster l’accompagnement ?
Est-ce que l’on cherche à normaliser son comportement ou à l’aider à construire une manière de fonctionner qui lui permette de moins souffrir ?
Ce sont ces questions qui, à mon sens, permettent réellement de choisir une formation.
Parce que l’alimentation émotionnelle ne demande pas seulement de connaître davantage de choses sur la nourriture ou les émotions ; elle demande de savoir faire dialoguer alimentation, psychologie, corps, histoire individuelle, contexte social, physiologie et relation thérapeutique, tout en conservant suffisamment de nuance pour ne jamais transformer une grille de lecture en explication universelle.
Et si vous souhaitez en faire un axe professionnel, je chercherais donc une formation qui vous rende progressivement moins dépendant·e des recettes et davantage capable de penser ce que vous observez, parce que c’est finalement cette compétence qui permet de s’adapter à la diversité des personnes que vous rencontrerez.
Une bonne formation ne devrait pas vous apprendre quoi dire à toutes les personnes qui mangent leurs émotions.
Elle devrait vous apprendre à comprendre pourquoi, pour cette personne-là, à ce moment-là, manger est devenu une réponse, puis à construire avec elle suffisamment d’autres possibilités pour que l’alimentation retrouve progressivement une place plus souple dans sa vie.