Alimentation émotionnelle : quand vouloir tout contrôler renforce la souffrance
Nous avons presque toutes et tous appris qu’aller mieux consistait à reprendre le contrôle : contrôler nos émotions, nos pensées, nos envies, notre alimentation, notre corps, notre poids et parfois même la manière dont nous devrions nous sentir face à tout cela. Cette logique paraît cohérente, car lorsqu’une expérience nous fait souffrir, notre premier réflexe est naturellement de chercher une solution pour la faire disparaître.
Pourtant, lorsqu’il s’agit de notre monde intérieur, ce mode de fonctionnement peut produire exactement l’effet inverse de celui que nous recherchons. Plus nous nous répétons qu’il ne faut pas penser à quelque chose, plus cette pensée revient. Plus nous interdisons certains aliments, plus ils occupent notre esprit. Plus nous cherchons à ne pas ressentir une émotion, plus nous devenons attentifs au moindre signe de sa présence.
C’est l’un des grands paradoxes que je rencontre dans mon travail auprès des personnes qui souffrent de leur rapport à l’alimentation, mais aussi chez les professionnel·les que je forme : la lutte engagée pour faire disparaître la souffrance finit parfois par devenir l’un des principaux mécanismes qui l’entretiennent.
J’ai exploré cette question dans mon podcast Encas de Tracas avec Ariane Garcia, psychologue spécialisée dans l’accompagnement des troubles des conduites alimentaires et formée notamment à la thérapie d’acceptation et d’engagement, l’ACT. Notre échange permet de comprendre pourquoi le contrôle paraît d’abord si rassurant, comment il peut progressivement se transformer en enfermement et, surtout, en quoi ce changement de regard modifie profondément notre manière d’accompagner l’alimentation émotionnelle.
Notre cerveau cherche naturellement à résoudre les problèmes
Notre cerveau est particulièrement efficace lorsqu’il s’agit de résoudre des problèmes qui appartiennent au monde extérieur. Lorsque nous rencontrons un obstacle concret, nous pouvons analyser la situation, envisager différentes solutions, agir, observer les résultats et ajuster notre stratégie.
Ce mode de fonctionnement nous a permis de construire, d’inventer, de nous déplacer, de communiquer et de soigner un grand nombre de maladies. Face à un problème extérieur, la logique « un problème, une solution » est souvent pertinente.
La difficulté apparaît lorsque notre cerveau tente d’appliquer exactement la même méthode à notre monde intérieur.
Une émotion désagréable apparaît ? Il cherche comment la faire cesser.
Une pensée inquiétante traverse notre esprit ? Il essaie de la supprimer ou de la remplacer.
Une insatisfaction corporelle devient douloureuse ? Il propose de transformer le corps.
Une envie de manger apparaît sans correspondre à l’image que nous nous faisons d’une alimentation correcte ? Il cherche à la contrôler.
Ce réflexe est profondément humain. Nous sommes spontanément attirés par ce qui nous procure du soulagement et cherchons à nous éloigner de ce qui génère de la douleur, de la peur, de la honte ou de l’inconfort. Pourtant, une pensée, une émotion ou une sensation ne se manipule pas comme un objet extérieur. Nous ne pouvons pas simplement la retirer, la réparer ou décider qu’elle ne doit plus exister.
Pourquoi essayer de ne plus penser à quelque chose le rend plus présent
Si je vous demande de ne surtout pas penser à un ours blanc, votre cerveau doit commencer par se représenter un ours blanc afin de vérifier que vous n’y pensez pas. Pour contrôler l’absence d’une pensée, il doit donc continuer à la rechercher.
Ce fonctionnement se retrouve très clairement dans la relation à l’alimentation.
Lorsqu’une personne se répète qu’elle ne doit pas manger de chocolat, elle doit rester attentive à la présence du chocolat, à son envie d’en manger et à la possibilité qu’elle finisse par « céder ». L’aliment devient progressivement chargé d’une importance qu’il n’aurait peut-être jamais eue sans cet interdit.
Lorsqu’elle se dit qu’elle doit absolument éviter une compulsion, elle surveille ses sensations, ses pensées et ses envies afin de détecter le moindre signe annonciateur. Cette hypervigilance renforce l’attention portée au comportement redouté. La personne peut alors passer une part considérable de sa journée à essayer de ne pas penser à la nourriture, tout en pensant presque constamment à la nourriture.
La lutte ne fait donc pas uniquement suite au problème. Elle peut participer à son maintien en occupant l’espace mental et en donnant toujours plus d’importance à ce que la personne voudrait voir disparaître.
Les émotions sont-elles vraiment un problème à résoudre ?
Dans notre société, nous avons également tendance à classer les émotions en deux catégories : les émotions positives, qu’il faudrait rechercher, et les émotions négatives, qu’il faudrait éviter, contrôler ou dépasser rapidement.
Pourtant, une émotion n’est pas positive ou négative au sens moral. Elle peut être agréable ou désagréable à ressentir, mais elle possède une fonction. Elle attire notre attention sur ce que nous vivons, nos besoins, nos limites, notre environnement et les événements qui comptent pour nous.
Nous n’avons cependant pas toutes et tous appris à accueillir et à exprimer nos émotions de la même manière. Certaines sont davantage tolérées selon notre genre, notre milieu social, notre histoire familiale ou notre éducation. La colère peut être particulièrement réprimée chez les filles, tandis que la tristesse est encore fréquemment découragée chez les garçons. La culpabilité, quant à elle, est parfois largement encouragée comme un moyen de nous conformer aux attentes.
Dès l’enfance, des phrases telles que « ce n’est rien », « tu n’as aucune raison de te mettre dans cet état » ou « arrête de pleurer » peuvent nous apprendre que certaines expériences intérieures ne devraient pas exister.
Lorsque nous ne savons pas quoi faire de ce qui nous traverse, nous cherchons naturellement des stratégies permettant de diminuer rapidement son intensité. Manger peut alors remplir une fonction parfaitement compréhensible : apaiser, contenir, distraire, réconforter, anesthésier momentanément ou créer une coupure avec une expérience devenue trop intense.
Manger pour se réconforter n’est pas forcément un problème
L’alimentation émotionnelle n’est pas nécessairement pathologique. Il nous arrive à toutes et tous de manger parce que nous sommes fatigués, stressés, tristes ou heureux, parce qu’un aliment nous rappelle une personne, parce qu’un repas nous permet de partager un moment ou simplement parce que nous avons besoin de réconfort.
La nourriture a une fonction nutritionnelle, mais aussi sensorielle, émotionnelle, relationnelle et culturelle. Vouloir supprimer toute dimension émotionnelle de l’alimentation reviendrait à nier une partie de notre expérience humaine.
Une stratégie alimentaire peut même être fonctionnelle pendant une période donnée. Si manger un aliment réconfortant aide ponctuellement une personne à traverser une journée particulièrement éprouvante sans lui occasionner de souffrance, il n’est pas nécessaire de transformer immédiatement ce comportement en symptôme à éliminer.
La difficulté apparaît lorsque cette stratégie devient l’une des seules réponses disponibles, qu’elle est utilisée de manière automatique et répétée, qu’elle éloigne progressivement la personne de ce qu’elle ressent ou qu’elle entraîne ensuite une culpabilité, une honte et une volonté accrue de contrôle.
À ce moment-là, la souffrance ne vient pas toujours uniquement du fait d’avoir mangé. Elle vient aussi de tout ce qui est construit autour de cette prise alimentaire : les jugements, les interdits, les promesses de compensation, les règles morales et la peur de recommencer.
Comment l’alimentation émotionnelle peut devenir une boucle de souffrance
À court terme, manger peut réellement diminuer l’intensité d’une émotion. Le soulagement n’est pas imaginaire. C’est précisément parce que la stratégie fonctionne momentanément que notre cerveau la mémorise et nous la propose à nouveau.
Cependant, lorsque manger devient un moyen systématique d’éviter le contact avec certaines émotions, la personne n’apprend pas progressivement qu’elle peut les ressentir, les comprendre et les traverser. L’émotion paraît alors de plus en plus dangereuse ou intolérable, ce qui renforce le besoin de l’éviter.
Une boucle peut se mettre en place :
- une émotion, une pensée ou une situation difficile apparaît ;
- la nourriture procure un soulagement immédiat ;
- la personne juge ensuite son comportement ;
- la culpabilité et la honte augmentent ;
- elle décide de reprendre davantage le contrôle ;
- la restriction et la charge mentale renforcent les envies ;
- une nouvelle prise alimentaire survient ;
- la personne conclut qu’elle manque encore plus de volonté.
Ce cycle donne l’impression que la solution réside dans un meilleur contrôle, alors que le contrôle rigide peut précisément participer à la répétition du comportement.
Le contrôle alimentaire est d’abord très renforçant
Il est important de comprendre pourquoi les règles alimentaires rigides peuvent sembler si séduisantes. Elles ne produisent pas immédiatement que de la souffrance. Au contraire, elles peuvent procurer des bénéfices rapides et très puissants.
La personne peut perdre du poids, voir son corps se transformer, recevoir des compliments, se sentir disciplinée, éprouver une impression de maîtrise et retrouver temporairement davantage de confiance en elle. Son cerveau conclut alors qu’il a trouvé la solution.
Cette gratification initiale masque souvent le coût réel du dispositif : le temps passé à penser aux repas, la peur de manger certains aliments, les séances de sport maintenues malgré l’épuisement, les invitations refusées, l’impossibilité d’être pleinement présente avec les autres et la nécessité d’organiser sa vie autour de règles de plus en plus nombreuses.
Progressivement, ce qui ressemblait à une solution peut devenir une occupation à part entière. Le corps, l’alimentation et le projet de ne plus avoir de compulsions finissent par prendre une place immense, jusqu’à rétrécir le reste de la vie.
La personne voulait se libérer d’une souffrance, mais se retrouve enfermée dans une lutte permanente contre son propre fonctionnement.
Quand les règles alimentaires nous éloignent de la vie que nous voulons mener
Les règles rigides ont un pouvoir rassurant parce qu’elles simplifient la réalité : cet aliment est autorisé, celui-ci ne l’est pas ; ce comportement est sain, celui-là est mauvais ; cette séance de sport doit être faite, quelles que soient la fatigue et les circonstances.
Notre cerveau apprécie souvent cette clarté. La nuance exige davantage d’attention, d’adaptation et de tolérance à l’incertitude.
Cependant, un cadre alimentaire qui paraît rassurant peut finir par nous éloigner de ce qui compte réellement pour nous. Une personne peut refuser un apéritif avec ses proches pour ne pas perturber son alimentation, assister à la rencontre tout en restant absorbée par les quantités qu’elle consomme ou maintenir une séance de sport alors que son corps réclame du repos.
Elle peut être physiquement présente, mais psychiquement occupée par les calculs, les interdits et la peur d’avoir mal fait.
C’est l’une des questions centrales de la thérapie d’acceptation et d’engagement : la stratégie utilisée rapproche-t-elle la personne de la vie qu’elle souhaite mener ou l’en éloigne-t-elle progressivement ?
La réponse ne dépend pas uniquement de l’apparence du comportement. Faire du sport peut être profondément nourrissant dans une situation et relever d’une compensation douloureuse dans une autre. Choisir un aliment nutritif peut répondre à un besoin réel ou être dicté par la peur et la rigidité. Ce qui nous intéresse, c’est la fonction du comportement et la direction dans laquelle il conduit la personne.
La culpabilité et la honte entretiennent le problème
La culpabilité et la honte ont initialement une fonction sociale. Elles peuvent nous aider à prendre conscience d’un comportement ayant porté préjudice à quelqu’un, à réparer et à ajuster notre manière d’agir.
Mais manger un biscuit n’est pas une faute morale.
Une pêche et un biscuit n’ont pas nécessairement la même composition nutritionnelle. Cela ne signifie pas que l’un fait de nous une bonne personne et l’autre une mauvaise personne. Pourtant, une grande partie des discours sur l’alimentation associe encore les aliments à la volonté, à la pureté, à la santé, au mérite et à la valeur personnelle.
La culpabilité ressentie après avoir mangé peut alors devenir totalement disproportionnée par rapport au comportement réel. Elle pousse la personne à compenser, se restreindre ou promettre de faire mieux, renforçant ainsi la boucle qui prépare le prochain débordement.
Notre culture des régimes, les injonctions corporelles et la stigmatisation pondérale participent largement à cette moralisation. La minceur est encore associée à la santé, au contrôle de soi et à la réussite, tandis que les corps gros sont injustement associés au manque de volonté et à la négligence.
Dans ce contexte, manger n’est plus seulement répondre à un besoin, éprouver du plaisir ou partager un moment. Chaque choix alimentaire peut devenir une évaluation de soi.
Accepter ne signifie pas se résigner
L’acceptation est parfois mal comprise. Elle peut évoquer l’idée qu’il faudrait se satisfaire d’une situation difficile, renoncer au changement ou baisser les bras.
Se résigner revient plutôt à penser : « C’est comme cela, rien ne peut changer, il n’y a plus rien à faire. »
L’acceptation est un processus différent et souvent beaucoup plus exigeant. Elle consiste à reconnaître consciemment ce qui est présent sans engager immédiatement une lutte pour le supprimer.
Une personne peut observer son insatisfaction corporelle, reconnaître qu’elle est douloureuse et admettre qu’elle aimerait avoir un autre corps, sans transformer automatiquement cette souffrance en restriction alimentaire ou en activité physique compensatoire.
Elle ne prétend pas que tout va bien. Elle cesse simplement, autant que possible, de faire de cette expérience intérieure un ordre auquel elle devrait impérativement obéir.
L’acceptation peut alors s’accompagner d’une autre question : en présence de cette souffrance, quelle relation ai-je envie d’entretenir avec mon corps ? Ai-je envie de le nourrir lorsqu’il a faim, de le laisser se reposer, de bouger pour le plaisir, de participer à un repas avec mes proches ou de continuer à vivre en accord avec ce qui compte pour moi ?
La douleur ne disparaît pas nécessairement immédiatement, mais elle cesse progressivement d’organiser chaque décision.
Toutes nos pensées n’ont pas besoin d’être corrigées
Les TCC nous permettent notamment d’identifier nos pensées automatiques, nos croyances et nos distorsions cognitives. La restructuration cognitive peut être extrêmement utile pour questionner une interprétation et envisager une autre manière de comprendre une situation.
Mais cet outil doit rester un moyen d’ouvrir la réflexion, et non devenir une nouvelle obligation de penser correctement.
Chez certaines personnes, chercher systématiquement une pensée alternative peut créer un véritable ping-pong intérieur. Dès qu’une pensée inconfortable apparaît, elles tentent de la contredire, de convaincre leur cerveau ou de vérifier qu’elles ont trouvé la bonne réponse. Leur attention reste alors entièrement accrochée à la pensée qu’elles souhaitaient affaiblir.
Les approches de troisième vague, dont l’ACT, proposent de déplacer légèrement la question. Plutôt que de demander uniquement : « Cette pensée est-elle vraie ou fausse ? », nous pouvons aussi nous demander : « Cette pensée m’est-elle utile, ici et maintenant ? »
La pensée « je ne devrais pas manger cet aliment » peut continuer à apparaître. L’objectif n’est pas nécessairement de réussir à la faire taire avant d’agir. La personne peut apprendre à l’observer, à reconnaître qu’il s’agit d’une production de son esprit et à choisir malgré tout une action cohérente avec ses besoins et ses valeurs.
C’est ce que l’on appelle la défusion cognitive : créer une distance suffisante pour ne plus confondre automatiquement une pensée avec une vérité, un danger ou une consigne.
Retrouver de la flexibilité psychologique
La flexibilité psychologique ne consiste pas à ne plus ressentir d’émotions désagréables, à ne plus avoir de pensées douloureuses ou à adopter en permanence le comportement idéal.
Elle correspond à notre capacité à rester en contact avec ce que nous vivons tout en choisissant, autant que possible, une action alignée avec nos besoins et nos valeurs.
Une personne peut ressentir de l’insatisfaction corporelle et décider malgré tout de nourrir son corps. Elle peut avoir peur de manger un aliment et choisir de participer au repas. Elle peut entendre la pensée qui lui demande de compenser et prendre la décision de se reposer. Elle peut vivre une émotion intense sans être obligée de la supprimer immédiatement.
Cette souplesse s’oppose aux règles rigides qui organisent fréquemment la souffrance alimentaire. Elle permet de construire un cadre suffisamment sécurisant sans transformer l’alimentation en système de surveillance permanent.
Il ne s’agit donc pas de passer d’un contrôle absolu à une absence totale de repères, mais d’aller vers un rapport plus flexible à l’alimentation, au corps, aux émotions et à soi-même.
Accompagner sans renforcer la lutte
Ce changement de perspective transforme également la posture des professionnel·les.
Lorsque nous accompagnons une personne qui souffre, notre premier réflexe peut être de vouloir la soulager rapidement. Nous cherchons des solutions, des outils ou des recommandations qui pourraient faire diminuer immédiatement l’émotion, la compulsion ou l’inconfort.
Cette intention est profondément humaine et généralement bienveillante. Elle peut néanmoins transmettre involontairement l’idée que l’émotion, la pensée ou le comportement doit impérativement disparaître pour que la personne puisse aller mieux.
L’accompagnement risque alors de reproduire la logique dans laquelle elle est déjà enfermée : corriger, contrôler, surveiller et lutter davantage.
Accompagner ne signifie pas rester passif face à la souffrance. Cela signifie apprendre à ne pas confondre aide et suppression immédiate du symptôme. Cela suppose de comprendre les processus qui précèdent et maintiennent le comportement : la restriction, l’évitement émotionnel, les règles rigides, la honte, l’insatisfaction corporelle, les apprentissages, les pensées automatiques, les besoins et le contexte de vie.
Le comportement alimentaire reste important, mais il ne peut être compris isolément de tout ce qui l’entoure.
C’est ce changement de regard que je transmets dans ma formation professionnelle en alimentation émotionnelle. Nous y apprenons à analyser les mécanismes qui entretiennent la souffrance, à choisir des outils adaptés au fonctionnement de chaque personne et à construire une posture qui ne renforce ni la culpabilité ni la lutte, tout en restant attentif aux limites de son champ de compétences et aux situations nécessitant une orientation.
Le problème n’est pas toujours ce que nous ressentons, mais la lutte engagée contre ce ressenti
Au fond, le problème n’est pas toujours la pensée, l’émotion ou même le comportement, bien que chacun puisse participer à la souffrance. Le problème peut aussi résider dans toute l’énergie consacrée à essayer de les faire disparaître.
À partir du moment où nous cessons de considérer le symptôme comme un élément isolé qu’il faudrait supprimer au plus vite, nous pouvons commencer à regarder ce qu’il exprime, la fonction qu’il remplit, les processus qui le maintiennent et ce qui pourrait redonner davantage de liberté.
L’objectif n’est pas de ne plus jamais souffrir, car la souffrance fait partie de l’expérience humaine. Il est de permettre à cette souffrance de ne plus prendre toute la place.
Nous pouvons traverser une émotion difficile et vivre également un moment important avec une personne que nous aimons. Nous pouvons ressentir une insatisfaction corporelle et prendre soin de notre corps. Nous pouvons avoir une pensée alimentaire rigide sans être obligé·e de lui obéir.
Accepter, ce n’est pas éteindre la lumière sur ce qui fait mal. C’est reconnaître que cette réalité existe, puis dézoomer suffisamment pour apercevoir tout ce qui existe également autour d’elle : nos relations, nos besoins, nos engagements, nos valeurs et tout ce qui nous permet de nous sentir véritablement vivant·es.
C’est souvent dans cet espace, lorsque la lutte commence à perdre un peu de son pouvoir, qu’une relation plus apaisée à l’alimentation peut enfin se construire.